Je suis entrée en classe préparatoire en 1994. Habitant en Corse, j’ai fait une année d’hypokhâgne à Aix-en-Provence et mes années de khâgne à Paris. Au lycée Paul Cézanne, à Aix, existait un internat pour filles. Mais pas à Claude Monet à Paris… La seule alternative qui subsistait à l’époque – du moins, selon mes recherches… ayant exclu d’emblée et par principe les internats catholiques –, c’était le Foyer des lycéennes situé à l’autre bout de Paris. Et surtout, ne voulant pas présumer de mon acceptation à Claude Monet, j’ai trop tardé à m’inscrire : il n’y avait déjà plus de places lorsque j’ai considéré cette possibilité.
En la matière, il y a donc une réelle discrimination concernant les filles, c’est certain. Mais je pense qu’il est important de préciser que mon expérience de « fille provincial pauvre » au Lycée Claude Monet à Paris à la fin des années 90 m’a permis de rencontrer une équipe enseignante alliant excellence et humanité. Les professeurs avaient conscience des difficultés que je rencontrais et ont tout fait pour me permettre d’épanouir mes talents littéraires. La classe préparatoire est une chance car, outre le fait qu’elle ouvre la porte des grandes écoles, elle permet de poursuivre un enseignement diversifié pendant deux ou trois ans.
Je crois que le problème dépasse le cadre d’une différence fille/garçon. Il est aussi social. À l’époque, j’étais boursière à critères sociaux. Et après le dépôt du dossier, il fallait attendre… le mois de décembre ! pour toucher de l’argent, certes de façon rétroactive, mais ce qui est tout de même peu pratique pour vivre trois mois, en prépa… L’ouverture des internats aux filles me semble une évidence. Tout comme l’adaptation des aides sociales aux étudiants. J’ai le souvenir d’un très brillant élève de lettres classiques qui a dû interrompre les cours en plaine khâgne car le salaire de son père, chauffeur de taxi – maigre salaire qui l’empêchait néanmoins de prétendre à une bourse – ne suffisait pas.
En parcourant les divers témoignages, j’ai remarqué qu’on parlait beaucoup de « reproduction sociale ». C’est évident. Je l’avais constaté à l’époque : beaucoup d’enfants d’avocats, de médecins ou de professeurs d’université parisiens. Là n’est pas vraiment le problème. Il me semble assez naturel que des enfants élevés dans une famille cultivée et ayant le goût des études se tournent vers des classes préparatoires. Mais la société change peu à peu. Par exemple, les écrivains, il y a un siècle, étaient pour la majorité issus de classes aisées. Aujourd’hui, davantage sont issus de classes moyennes. Il faut permettre aux enfants passionnés, quel que soit leur milieu d’origine, d’avoir la chance de poursuivre un enseignement de qualité. Et en la matière, il faudrait également que les classes préparatoires ne soient pas un jour menacées… Mais c’est un autre débat….
On en rêvait, X-TNT l’a fait ! Samedi dernier, le collectif Ouvrons les portes a fait un happenning aux alentours du Panthéon afin de faire passer le message sur les internats de classes prépa encore et toujours fermés aux filles. On aime plutôt prendre les choses avec humour alors l’idée était la suivante (attention, c’est de l’ironie !).
En 1994, dans « Physiciens, physiciennes : une enquête auprès des normaliens et normaliennes scientifiques » de Michèle FERRAND et Françoise IMBERT, il était possible de lire :
« Ne doit-on pas plutôt analyser ce refus – la décision de ne pas prendre la voie royale des CPGE scientifiques – comme celui du contenu de la formation : centrage exclusif sur les maths et la physique, hyperspécialisation qui implique de renoncer à l’approfondissement d’autres disciplines ? Ou comme le refus des conditions de travail qu’impliquent les classes préparatoires scientifiques : pseudo-mixité (quelques filles au milieu d’une classe masculine), programmes démentiels, misogynie présumée, etc.
Novembre 2005. Les banlieues » brûlent ». L’état d’urgence est décrêté en France. Au même moment, au Forum Mondial des sciences à Budapest, une lycéenne présente un mouvement qui permet aux jeunes de découvrir le monde de la recherche en faisant des mini stages en laboratoire.
Le collectif Ouvrons les Portes a recensé quinze lycées français dotés de Classes Préparatoires aux Grandes Écoles (CPGE) dont les internats ne sont pas accessibles aux filles. Cinq d’entre eux se situent dans la seule ville de Paris. À contrario, le collectif recense six lycées – souvent dotés uniquement de classes de BCPST - dont les internats sont exclusivement réservés aux filles.




