On en rêvait, X-TNT l’a fait ! Samedi dernier, le collectif Ouvrons les portes a fait un happenning aux alentours du Panthéon afin de faire passer le message sur les internats de classes prépa encore et toujours fermés aux filles. On aime plutôt prendre les choses avec humour alors l’idée était la suivante (attention, c’est de l’ironie !).
Vous êtes à ce jour plus de 2000 personnes à soutenir, par vos signatures, le collectif Ouvrons les Portes qui a saisi la HALDE afin de mettre un terme aux discriminations faites aux jeunes filles par l’interdiction d’accès aux internats de certains grands lycées dotés de classes préparatoires aux grandes écoles.
Notre campagne a débuté du fait que l’une de nos Science Ac, en CPGE à Henri IV, n’avait pas eu accès à l’internat de ce lycée. Pour autant, dès le début nous nous sommes efforcés d’élargir la campagne à tous les lycées avec CPGE et internat non mixte. Même si la presse interroge souvent M. Corre à cause de la renommée d’Henri IV, n’oublions pas que les lycées Jean Baptiste Say, Chaptal, Janson de Sailly, Stanislas et bien autres sont tout aussi fautifs !
Nous avons reçu une réponse de la Halde. Une réponse type. De celle qui est envoyée, à mon avis, à la suite de tout dépôt de dossier… Ils n’ont sans doute pas encore étudié le dossier. En attendant, nous continuons le mouvement pour faire en sorte que le maximum de personnes soient mis au courant de cette affaire. Pour accentuer la pression sur les lycées de la « Black List » aussi.
L’été dernier, j’ai croisé O, L et S qui m’annonçaient qu’elles étaient prises en prépa mais qu’elles ne pouvaient bénéficier d’une place en internat, celui-ci étant réservé aux garçons. Résultat : toutes les trois avaient près de 20 heures de transport par semaine… Dur quand le RER est bondé matin et soir et qu’on doit bosser de 60 à 80 heures par semaine pour un concours que les garçons et les enfants qui en ont les moyens préparent dans de meilleures conditions.
Lancée il y a 3 semaines, la pétition en ligne du collectif Ouvrons les portes a réuni plus de 1600 signatures et de nombreux témoignages sur le thème de la mixité dans les internats de classe préparatoire.
Non seulement l’internat d’Henri IV était-il interdit aux filles, mais également l’accès aux salles d’étude, les soirs et après nos 6h de devoir du samedi matin.
Un autre effet de cette discrimination hommes – femmes était le rapport des hommes aux femmes dans les études : les critères d’admission à l’internat d’Henri IV étaient d’abord sociaux (mais reproduction des élites oblige, les boursiers garçons seuls ne remplissent pas l’internat d’Henri IV), puis scolaires. Les meilleurs garçons prennent l’habitude de travailler entre eux, ce qui cultive leur sexisme sinon explicite du moins latent.
En 1994, dans « Physiciens, physiciennes : une enquête auprès des normaliens et normaliennes scientifiques » de Michèle FERRAND et Françoise IMBERT, il était possible de lire :
« Ne doit-on pas plutôt analyser ce refus – la décision de ne pas prendre la voie royale des CPGE scientifiques – comme celui du contenu de la formation : centrage exclusif sur les maths et la physique, hyperspécialisation qui implique de renoncer à l’approfondissement d’autres disciplines ? Ou comme le refus des conditions de travail qu’impliquent les classes préparatoires scientifiques : pseudo-mixité (quelques filles au milieu d’une classe masculine), programmes démentiels, misogynie présumée, etc.
A Henri IV, il existe deux internats:
-L’internat Clovis, qui contient une quinzaine de chambres pour deux avec douches communes au bout du couloir.
-L’internat Descartes, qui contient quelque chose comme 200 chambres individuelles partageant une douche pour deux.
Ces deux internats sont situés dans deux bâtiments séparés et réservés tous les deux aux garçons. La raison évoquée étant que si une jeune fille mineure et interne tombe enceinte et qu’aucun père reconnaît l’enfant, le chef d’établissement devient le père de l’enfant (en tout cas c’était ce qu’on nous a expliqué à l’époque…) Ceci ne gêne pourtant pas le proviseur Louis-le-Grand! Et en plus les internats à LLG entrainent bien plus de promiscuité garçon-fille que pourrait en entraîner les internats Clovis et Descartes (enfin, à mon avis).
Pour ce qui est des chiffres, l’année en interne (donc logement + 3 repas par jour sauf week-end) c’est 2000€. En prenant en compte qu’un interne-externé (3 repas par jour sauf week-end) paye plus de 1500€ par an, ça ne fait pas bien cher la chambre d’internat.
Pour pouvoir comparer, mon foyer en première année m’est revenu à 7000€ dans les mêmes conditions qu’H4 (logement + 3 repas par jour sauf week-end) et 4000€ en deuxième année pour seulement le logement. Tout compte fait, ce n’est pas vraiment comparable…
Bon j’espère avoir amené quelques arguments!
Cécile, normalienne, ex-élèves d’H4 et de LLG




