Ouvrons les portes !
Pour un accès des filles à TOUS les internats de prépa
29
sept.
2009
12 comm.

Si vous me lisez, j’en déduis que vous vous sentez concernés par la discrimination dont sont victimes les filles en prépa à propos des internats réservés aux garçons. Mais de là à vous engager, à signer la pétition, à en parler autour de vous… Et bien sachez que moi non plus je n’ai pas l’habitude de faire ça, loin de là (ça fait d’ailleurs tout drôle d’écrire ce billet), mais je vais quand même vous raconter pourquoi moi, un mec, passé par la prépa et qui a aimé ça, se sent concerné et a décidé de s’engager. Peut-être n’arriverais-je pas à vous convaincre mais au moins vous en saurez un peu plus.

Comme vous pouvez le voir sur ce site, le collectif regroupe plusieurs associations. Je fais partie de l’une d’entre elles, l’association Paris-Montagne (PM). J’ai découvert cette assoc pendant mon master M2 de recherche. J’avais trop de boulot cette année-là mais j’ai commencé à participer aux projets dès que j’ai su que j’étais pris en thèse. Pourquoi m’engager ? Très simple : j’aime la science et ses rapports avec la société, et j’aime notamment parler de mon sujet de thèse. Après en avoir parlé à toute ma famille, des grand-mères aux petits cousins, rien de plus normal donc que de vouloir continuer à discuter avec d’autres gens. Et j’avoue qu’interagir avec des jeunes au lycée, c’est plutôt sympa. Donc voici mon entrée à PM.

Plus précisément, je me suis impliqué dans le programme Science Académie. Pour faire court, cette initiative rassemble des lycéens motivés par les sciences mais qui ont peu d’opportunités, pour diverses raisons, de rencontrer des scientifiques. On est donc un petit groupe de doctorants, étudiants en master, bénévoles et salariés de l’assoc, à organiser des semaines thématiques, des stages en labo, des mini-congrès, des festival de science, des journées d’orientation… Et vu l’enthousiasme des jeunes qui y participent, le programme Science Académie a du succès.

Le « mauvais » côté de tout ça (c’est ironique…), c’est qu’on finit par s’y attacher à ces jeunes. Lire leurs lettres de motivation reste, année après année, un moment sacrément émouvant: on y voit les rêves de jeunes de 17 ans, leurs hésitations, leurs envies, leurs projets. Dans la même veine, assister aux présentations de leur stage en labo, les voir interagir entre eux, se poser des questions, lancer des idées : un déclic a eu lieu. Je ne suis pas prof, seulement quelqu’un de curieux et qui aime discuter avec les gens, mais parfois je comprends pourquoi certains parlent de « plus beau métier du monde ». Apercevoir un regard s’éclairer de curiosité, sentir un jeune s’éveiller à la créativité, franchement, c’est cool…

En fin de compte, pourquoi tout ce baratin ? Et bien tout a commencé au mois d’août, une période de l’année plutôt calme (même quand on est en thèse), mais un email reçu sur la mailing list de l’assoc a tout chamboulé. On a appris qu’encore une fois, une jeune fille de la Science Ac’ qui voulait poursuivre ces études en prépa s’était vu refuser les portes d’un internat au motif… et bien, qu’elle était une fille. Mais imaginez-vous un peu, en terminale, dans un lycée où la conseillère d’orientation vous aiguille vers un BTS qui n’est pas de votre goût, travailler dur pour avoir un bon dossier au premier trimestre, l’envoyer à une prépa au mois de janvier, recevoir un avis favorable quelques mois plus tard, batailler avec vos parents pour les convaincre que « si, la prépa, c’est pour moi », y parvenir enfin, et soudain découvrir que pratiquement, matériellement, vous serez dans des conditions (très) défavorables ! Les longs trajets, l’environnement familial pas toujours propice au travail intensif à fournir, et surtout cette discrimination d’un autre âge: l’internat de votre lycée réservé aux garçons ! Certaines filles décident de ne même pas tenter l’aventure, d’autres tentent… et abandonnent au bout de 6 mois.

Et là, quand vous réalisez que 70% des lycéens de la Sciences Ac’ sont des lycéennes et que chaque année on rencontre ce type d’histoires déprimantes à l’assoc : trop c’est trop. Ce n’est pourtant pas grand chose de faire « un étage pour les garçons, un pour les filles ». Ca marche dans certains lycées, pourquoi pas dans tous ? Le pire c’est que ce serait même facile à changer : un zeste de réalisme, un soupçon de volonté, et l’année prochaine, tous les internats sont mixtes ! Et tout ça sans parler des conséquences d’une telle discrimination… (suivez ce lien et lisez, c’est le compte-rendu de l’audition de la chargée de mission à l’égalité des chances femmes/hommes dans l’enseignement supérieur, devant l’Assemblée Nationale en 2008)

On s’est donc réunis en plein mois d’août pour organiser un « plan de bataille ». Déformation professionnelle oblige, on se plonge dans les chiffres, les stats officielles, les tableaux en tout genre, histoire d’être bien sûr qu’il y a discrimination. L’un d’entre nous s’est pris au jeu et a même commencé une étude statistique très sérieuse visant à estimer précisément l’impact négatif de cette discrimination. Ensuite l’idée toute naturelle a donc été de saisir la Halde. Le dossier est désormais consituté et va être déposé très prochainement. En parallèle, on s’est dit qu’il nous fallait rassembler beaucoup de monde autour de cette cause pour avoir du poids. Les autres associations du collectif se sont tout de suite impliquées. Mais on n’a pas voulu s’arrêter là: on veut faire du buzz ! Nous aussi on n’est pas jeune pour rien, on vit avec notre temps, et aujourd’hui, c’est sur internet que beaucoup de choses se passent. D’où le site web, la pétition en ligne, le blog, les vidéos…

Alors voilà, en gros, d’où ça vient en ce qui me concerne. Mais il se fait tard et malgré l’heure avancée je dois retourner bosser sur ma thèse. Et peut-être certains d’entre vous ajouteront leur nom en bas de la pétition ? Qui sait…

un-homme-sur-deux-est-une-femme

Timothée Flutre

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12 commentaires à “Pourquoi je m’engage et signe”

  • François :

    Bravo Tim,
    je me retrouve complètement dans ce que tu as écrit et je pense que nombre de ceux qui liront ton engagement signeront aussi !

  • Antonine :

    Convaincue !

  • Christophe :

    salut neveu,
    Tout à fait d’accord avec toi, l’avenir de l’homme étant la femme, pourquoi cette discriminalité ???

  • Eglantine :

    A 100% POUR cette pétition, et POUR un monde moderne, où la femme soit autant valorisée que l’homme…

  • Corinne :

    En tant que bibliothécaire, quand je vois des filles et des garçons à l’esprit curieux, inventif, intéressé par toutes sortes de sujets…je ne peux imaginer que les filles pourraient être barrées dans leurs études…car filles!
    A changer en urgence!

  • arielle :

    mes trois enfants ont fait des prépas (2G, 1F) mais étant sur Paris je n’ai pas eu à faire face à ce pb
    c’est d’un autre âge ou plutôt bien vu car les filles réussissent mieux donc il faut s’en protéger!!!

  • Pascal :

    Je ne sais pas où a lieu cette discrimination, mais dans la prépa où j’étais, l’internat était mixte et ils ne séparaient même pas les garçons et filles par étages… Les conséquences néfastes restent à prouver…

  • Aurélia :

    J’ai fait ma prépa à Henri IV : l’un des lycées les plus prestigieux de France, l’un de ceux qui obtient les meilleurs résutats, et qui recrute ses élèves dans la France entière : dans ma classe, les parisiens étaient minoritaires. Autant dire que la majeure partie des étudiants n’habitait pas chez ses parents. Et à Henri IV, l’internat, c’est seulement pour les garçons…
    c’est un beau combat qui commence !

  • Mélanie :

    Bonjour,

    Sur ce sujet, d’autres prépas acceptent les filles en internat… à condition qu’elles soient majeures ! Ce genre de critère n’est évidemment pas requis pour les garçons. Donc pour une fille qui a une année d’avance dans sa scolarité ou qui est de la fin de l’année, la solution consiste à se faire émanciper puisqu’elle n’est pas majeure à la rentrée suivant son bac. Ce genre de critère n’était évidemment pas demandé officiellement, mais c’était un « tuyau » qui se transmettait d’années en années. Cette pratique, peut-être pas à jour puisqu’il m’a concerné lors de ma rentrée au lycée Poincaré à Nancy (en 1999) a j’espère évolué. Le juge des tutelles que nous avions rencontré avec mes parents nous avait clairement indiqué que cette pratique pouvait être « attaquée »…

  • Valery :

    Lire:
    La Domination Masculine (Bourdieu)
    Le Second Sexe (Beauvoir)
    La Matrice de la Race (Esla Dorlin)

  • Marguerite-Marie Young :

    C’est un beau combat et oh combien nécessaire afin d’entreprendre et de tenir le coup pour poursuivre ces conquêtes de la connaissance dont notre monde a tant besoin

  • Séverine :

    Bien évidemment je signe !!

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